Une autre agriculture

Publié le mars 23rd, 2015 | par Thierry Curty

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Soutenir les agriculteurs et favoriser le développement de l’agrobiologie

Les subventions sont problématiques

Les subventions agricoles sont vouées à disparaître. Elles sont inéquitables envers les pays qui n’ont pas les moyens de subventionner leur production, leurs agriculteurs étant alors dans l’incapacité de concurrencer sur le marché mondial les prix de nos productions. Cette situation engendre la famine, la misère et la dépendance. Les pays qui bénéficient de nos aides alimentaires sont en réalité des pays où l’agriculture pourrait être au moins aussi productive que la nôtre, avec une plus forte intégration humaine, donc favorable au développement. De supprimer nos subventions agricoles est donc une opportunité pour ces pays de se développer, le paramètre indispensable à la résolution de la faim dans le monde, à laquelle les membres du G20 et du Forum de Davos ont décidé de s’attaquer.

Mais la fin des subventions est un problème dans un pays comme la France où le foncier est désormais si cher que l’installation est quasiment un suicide si le vendeur ne fait pas une fleur au repreneur, comme on peut le voir dans le cas d’une transmission intrafamiliale.

Le sortant ne peut toutefois pas toujours sacrifier à l’entrant son domaine, qui est souvent l’essentiel de son revenu de retraité. La retraite agricole n’est habituellement pas bien lourde et les agriculteurs retraités vivent sur la vente ou location de leur domaine qui représente alors leurs économies de toute une vie. Durant leur vie d’actif, ils ont remboursé leur domaine, comme d’autres constituent une épargne patrimoniale, via une caisse complémentaire ou une assurance-vie, et collectent en une seule fois cette épargne au moment de la vente. C’est donc leur vie de retraité et leur héritage qui s’en va en fumée s’ils consentent à un trop grand sacrifice.

D’un autre côté, dans ce système actuel, subventionné, c’est l’Etat qui paie une bonne part du domaine. Ce n’est pas un problème en soi puisque le rôle du paysan dans le paysage national est essentiel : il nourrit la population! Et c’est le prix du foncier qui contraint à cette subvention. Si nous n’étions pas concurrentiels sur le marché mondial avec les prix de nos productions, alors soumis au montant des annuités que les coûts infrastructurels induisent, le sort de nos agriculteurs serait alors le même que dans les émergents et ça en serait fini de l’agriculture telle que nous la connaissons et alors que le public en appelle à la transition agroécologique.

Il y a une solution simple et acceptable par tous pour répondre à cette problématique!

Il y a aujourd’hui un peu plus de 4000 installations de jeunes agriculteurs en France par année. Ils ont droit à des aides, telles que des prêts bonifiés, par exemple.

Il faut bien appréhender de quoi nous parlons pour bien saisir l’étendue du problème. Un domaine de 100 hectares, avec l’habitation, la grange, le hangar à machines, la stabulation, les machines, etc… aujourd’hui c’est un investissement entre 1 M€ et 1’5M€, je ne vous dis pas les annuités que cela représente (grosso modo 100’000€ par an, histoire de persister à ne pas vouloir le dire sans faire preuve d’obstruction).

La pression financière sur la viabilité du domaine et, conséquemment, sur l’agriculteur et sa famille, est considérable. Alors, j’ai eu une idée, simple à mettre en place et pas si coûteuse que ça, disons 4 milliards par an, consistant à ce que l’Etat se porte tout simplement acquéreur de la moitié du domaine.

Concrètement : le JA (Jeune Agriculteur, dans le jargon, c’est pour faire plus « pro », plus « smart) soumet un dossier demandant la participation de l’Etat à hauteur de 50% du domaine qu’il souhaite acquérir, en proposant un modèle d’agriculture durable.

Le dossier, une fois accepté, permet au JA d’acquérir le domaine pour la moitié de sa valeur. Il le gère en toute autonomie toute sa vie, sans contrainte autre que le respect de ses engagements dans le dossier. Au moment de sa retraite et de la reprise du domaine, soit le repreneur dépose un dossier avec un projet d’agriculture durable, soit il rachète l’intégralité des parts, la moitié à l’agriculteur sortant et l’autre moitié à l’Etat qui récupère ainsi ses billes.

Ce concept est également possiblement transférable sur les agriculteurs en situation critique en raison de l’obsolescence du modèle productiviste. Une proposition de conversion pourrait leur être faite et en échange de cette conversion, ils bénéficieraient alors de ce dispositif qui pourrait être accompagné d’une période de défiscalisation, de prêts bonifiés, toutes choses pour accélérer et faciliter la conversion et raccourcir la durée d’immobilisation du capital pour l’Etat et permettre à l’agriculteur de la lui racheter le plus tôt possible.

Ce ne sont donc pas des subventions, mais un investissement pour l’Etat

Ainsi, l’Etat investit sur son territoire, en devenant détenteur de parts de domaines agricoles, mais il favorise également la transition agroécologique en s’épargnant des subventions directes, plus coûteuses et qui s’évaporent au fur et à mesure. En outre, c’est légal, puisqu’il ne s’agit pas de subventions agricoles, mais bien d’investissements dans l’agriculture. Contrairement aux subventions, qui sont versées à perte chaque année, l’Etat est bel et bien propriétaire foncier, il détient du capital.

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A propos de l’auteur

Fervent contemplateur de la société des hommes de toujours, homme de convictions profondes à l'esprit libre. Passionné d'économie, de sociologie, d'écologie, dans une vision holistique, l'épistémologie est le moteur de ma réflexion, source de ma conviction. Je soutiens une transition sociétale qui s'avérera inéluctable à terme et tente de l'expliquer et la dédramatiser, de faire passer le message que loin d'être une fin elle est un nouveau commencement, une solution aux problèmes que nous rencontrons aujourd'hui.



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