Publié le juin 21st, 2016 | par Thierry Curty

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Un revenu universel équitable et porteur de développement socio-économique

Le Revenu de Base ou Revenu Universel, c’est selon, répond à une problématique considérable qui est la fin du modèle de redistribution de la création de richesse reposant sur le salaire et donc l’emploi, le travail. Ce n’est pas « une aide sociale universelle », c’est un concept socio-économique de développement macro-sociétal visant au contraire à abolir la nécessité d’une aide sociale quelconque.

La disparition de l’emploi depuis la fin des Trente glorieuses induit un creusement de l’inégalité. Les riches sont toujours plus riches et les pauvres de plus en plus nombreux, un nombre croissant de gens vivant des bienfaits de l’Etat, financés à crédit, augmentant la dette souveraine, puisque la redistribution de la création de richesse reposait elle aussi sur les salaires, via les charges sociales. Moins il y a de salaires versés, moins l’Etat encaisse de charges sociales, mais plus il a d’administrés ayant besoin de soutien et donc plus il emprunte alors que plus les bénéfices étant conséquents, plus les riches s’enrichissent. Et ça, ça peut marcher jusqu’à ce que l’Etat surendetté ne puisse plus emprunter et alors tout le monde sera ruiné.

Un autre système de redistribution de la création de richesse s’impose naturellement de lui-même et les solutions ne sont pas véritablement nombreuses, si on excepte l’idée que tout un chacun étant naturellement contributeur à l’économie, par ses actes d’achats, il a déjà droit à un revenu. Tout le monde contribue, lorsque nous nous occupons de nos ancêtres, de nos enfants, que nous payons notre TVA sur nos achats, que nous produisons de la valeur sur Internet par nos commentaires, etc… tout ceci mérite un revenu. D’apporter à tous un revenu de base n’a donc rien d’une aide sociale, c’est juste une adaptation à l’économie moderne où nul n’en est isolé. Il y a 100 ans, des gens vivaient pauvrement dans leurs campagnes et cultivaient leur carré de jardin, point. Leur contribution à l’économie était moindre, ils vivaient en marge. Aujourd’hui, même un clochard SDF est un actif de l’économie. Et il le serait encore plus s’il avait une vie digne, porteuse de sens.

Faire la distinction entre Revenu Universel et Revenu de Base me semble indispensable. Le revenu est universel du moment que tout le monde en a un. Le revenu est de base est de base dès lors qu’il est garanti, ce qui à mon sens constitue une différence fondamentale qui signifie que le revenu universel est versé à tous, alors que le revenu de base c’est à ceux qui en ont besoin, c’est-à-dire n’importe qui en n’importe quelles circonstances et il peut être proportionnel au revenu de manière à coûter moins cher tout en restant équitable et porteur de sécurité pour tous.

Si le pauvre comme le riche ont un revenu, alors le revenu est universel. Sur cette seule base, si un revenu n’était versé qu’à ceux qui en ont besoin, l’universalité du revenu serait en soi déjà respectée puisque tout le monde en aurait un. Néanmoins, les riches faisant également partie de la société il serait inéquitable et contre-productif de maintenir une fracture entre ceux qui paient et ceux qui encaissent. Tout le monde doit donc recevoir sa part, une part minime mais suffisamment conséquente pour soutenir l’économie locale.

Pour le revenu de base, c’est différent et il est facile de l’envisager comme d’un socle garanti, proportionnel au revenu, qui rémunère aussi bien la mère qui s’occupe de ses enfants, que celui qui prend le risque de lancer sa propre activité ou qui a des activités contributives.

Partant, le précepte fondateur même du revenu de base consiste en une réduction de l’inégalité. Il ne résout pas la pauvreté, mais il abolit la misère. Il ne donne pas les mêmes chances à tous, mais il en donne à tout le monde. Il n’offre pas une vie confortable, mais il permet la vie. Il ne se substitue pas aux individus, mais il permet l’individuation. De fait, si on le donne à tout le monde, riches comme pauvres, on ne corrige pas l’inégalité, on se contente de la faire translater, augmentant le revenu de tous dans le mouvement, offrant aux riches autant de plus à mettre de côté à Singapour ou aux Caïmans. Et l’argument consistant à soutenir qu’en réalité les riches paieront plus d’impôts prête plus à rire qu’autre chose, puisqu’ils n’en paient de toute façon quasiment pas. Ca augmenterait la fraude, pas les impôts.

En outre, ça pose alors de manière plus crue la question de son financement, parce qu’un certain nombre de déciles le percoivent sans qu’il ne leur apporte quoi que ce soit, sous un prétendu prétexte d’égalité, comme si un pauvre vivant de son RDB serait alors l’égal d’un riche, qu’il le recoive aussi ou non. Que la population le recoive selon ses besoins permettrait de diviser au moins par deux son « coût », sans pour autant diminuer les économies d’échelle que son instauration représenterait, le rendant alors tout de suite plus plausible et bien plus simple à mettre en place. Mais il est vrai que les riches font partie de la société, ils en sont des éléments actifs et à ce titre ont droit à leur part de la création de richesse, à laquelle ils contribuent largement, comme tout le monde, aussi serait-il bon de réfléchir à la question et des solutions existent.

Qui a décrété que le revenu de base devait se constituer d’une somme fixe allouée tous les mois sans condition? En fonction de quoi le RDB, fusse-t-il inconditionnel, ne soit pas modulable ? Qu’une part soit fixe et une part modulable ? Rien n’est fixé à ce que je sache et des solutions répondant au plus près de la réalité sociale et des impératifs sociétaux sont possibles.

Il est déjà prévu la disparition du cash, une affirmation un peu péremptoire pour parler du cash en euros. En réalité, le cash peut être représenté par tout un tas d’autres choses. Les MLC, Monnaies Locales Complémentaires, se développent un peu partout. Elles ont toutes les qualités : d’origine civile, gérées par des associations purement privées, impliquant généralement la collectivité, elles sont démocratiques, leur principal argument étant que n’ayant de valeur que localement, elles sont écologiques puisque stimulant les circuits courts, seuls les commerçants locaux étant à même de les accepter. Ainsi, une monnaie locale est-elle gérée directement par ses utilisateurs, membres de l’association, conformément aux statuts qui la gouvernent. C’est un pouvoir considérable au niveau local, mais également aux niveaux régionaux ou nationaux voire internationaux via les fédérations de ces associations qui représenteront alors un contre-pouvoir considérable qu’il serait regrettable de ne pas exploiter à sa juste valeur.

Il s’agit donc d’anticiper la disparition organisée du cash pour sa récupération dans l’installation du RDB. Je préconise qu’on abolisse l’argent liquide en euros de manière volontaire et que l’on remplace ces euros par des monnaies locales complémentaires qui constitueraient la fraction universelle et inconditionnelle du RDB que tout le monde percevrait alors, la seule condition étant d’être membre de l’association gérant la MLC, actif ou non.

Et là, une nouvelle solution apparaît: 

  • 200€/mois seraient versés à tous en équivalent monnaie locale complémentaire, riches compris. De sorte que tout citoyen perçoit sa part. Ces 200€ seraient alors versés directement à l’association MLC dont chacun est membre qui les redistribueraient conformément aux statuts de l’association négociés démocratiquement. Le riche ne peut alors évidemment rien faire d’autre de cet argent que le dépenser.
  • Et 600€/mois/adulte proviendraient de l’impôt négatif. On fait le calcul de l’impôt négatif, on passe le tout à la moulinette de l’impôt sur le revenu et on touche ou on paie. Ainsi, tout le monde, riche ou pauvre, reçoit d’un côté le socle, de l’autre sa part d’Impôt Négatif, mais si on est riche, ce sont des centimes qui viendront s’ajouter à la déclaration IR. 
  • Pour les enfants, 50€ de MLC plus 200€ d’impôt négatif et on augmente de 30€/mois/année de vie jusqu’à l’âge adulte pour la rente pleine. Ainsi, la première année de vie, il y a la prime de naissance et 250€/mois. Chaque année, cette somme augmente de 30€. A 5 ans, l’enfant perçoit 400€. à 10 ans il perçoit 550€. à 15 ans, 700€ et à 18 ans, 800€, le RDB complet. 
  • L’ASPA (Allocation de Solidarité Pour les Personnes Âgées, aujourd’hui à 801€, un droit inconditionnel dévolu à tout retraité dès l’âge de 65 ans. Si vous touchez 500€ de revenu à la retraite, l’ASPA complète jusqu’à 801€), l’AAH (Allocation Adulte Handicapé, aujourd’hui à 807€, mais soumis à conditions, en cas de revenu annexe, la CAF modère cette somme), le RSA (Revenu de Solidarité Active, aujourd’hui de 524€), la PPE (RSA Activité) giclent, puisque tout le monde a un socle commun.
  • La Sécu reste, mais la CMU gicle, puisque tout le monde a les moyens de la mutuelle et ainsi de moduler son profil santé.
  • La retraite reste, mais progressivement privatisée, éventuellement facultative et seuls ceux qui ont cotisé la touchent, puisque les autres bénéficient du RDB.
  • Les APL giclent, puisque le RDB étant individualisé, il suffit d’être au moins deux dans le logement pour payer son loyer.
  • Les allocations familiales giclent, ainsi que la prime de rentrée et les aides à la cantine, puisque les parents touchent un RDB pour les enfants.

Ainsi, tout le monde perçoit une part du RDB, riches ou pauvres et ceux qui en ont besoin le recoivent intégralement. Et plus on gagne d’argent et moins on le perçoit, mais tout le monde reçoit, quel que soit son salaire. Et la question des étrangers est également résolue, ce n’est pas un « aspirateur à immigration », puisque seuls ceux qui sont légitimes à remplir une déclaration d’impôts peuvent en bénéficier, vu que la déclaration est conditionnelle.

Et c’est dès lors facile à financer.  200€ à tous, ça fait 190 milliards, soit 9% du PIB. Mais, versés en monnaie locale complémentaire, donc non thésaurisables, ils reviennent de suite dans la caisse ils apporteraient déjà à eux seuls les deux tiers de cette fraction en croissance, autrement dit 6% de croissance, soit 3 ans à 2%. Ce qui signifie qu’en 3 ans on donne 200€ à tout le monde :

  • La première année, ce ne sont que les bénéficiaires des aides sociales, que l’on augmente en déduisant ces 200€ (exemple : on passe le RSA à 600€, moins les 200€ de RDB), ça nous apporte une petite croissance supplémentaire.
  • La seconde année, on généralise le RSA à tout ceux qui en ont besoin, sur la seule base de la déclaration d’impôts, ça nous apporte de la croissance et l’industrie de la robotique commence à se développer nous apportant de la croissance.
  • La troisième année on augmente le RSA, ce qui nous apporte de la croissance, la production commence à s’automatiser, la production de robots augmente.
  • La quatrième année on augmente le RSA à 800€. L’industrie connaît de plus en plus de gains de productivité et la nouvelle industrie se répand exponentiellement comme l’industrie mécanique en 1950.
  • La cinquième année, on abolit le RSA, l’ASPA, l’AAH de base, les allocations familiales, la CMU, les APL, les tarifs sociaux de l’énergie, etc. On ne conserve que les retraites de base, qui sont un revenu différé pour lequel les gens ont cotisé et les aides sociales complémentaires, comme l’aide au maintien à domicile ou l’accompagnement des handicapés. Et là l’équivalent de 800€ est versé à tous sous forme d’un RDB de 200€ et d’un complément de 600€ par l’impôt négatif. Ainsi tout le monde touche, mais plus on gagne, moins on perçoit.

Et ça c’est sans compter l’environnement de la révolution numérique qui favorise de plus en plus le financement de projets, redonnant du pouvoir démocratique au peuple tout en lui permettant de récolter les fruits de sa contribution, permettant d’inciter à se libérer du travail pour collaborer dynamiquement à l’économie plutôt qu’à perdre son temps au travail à piquer le boulot d’un robot dont la production est un gain supplémentaire de productivité et de croissance.

Ensuite de quoi il faut introduire un système socio-économique contributif pour permettre à tout un chacun de s’épanouir en offrant à la société son capital cognitif au travers de l’intelligence collective qu’Internet nous offre, en traçant la voie de l’avenir via le financement participatif, tout en déportant son revenu salarié de son revenu contributif.

Imaginez-vous investir chaque mois de votre vie dans un projet d’entreprise local en lui achetant des parts en capital, vous investissez tous les mois de votre vie, vous constituant petit-à-petit un portefeuille qui grandira, prendra de la valeur et vous reversera des dividendes si vous avez bien investi en plus d’avoir influé directement sur l’évolution de votre territoire.

Et si c’était l’AMI qui le faisait pour vous ? Vous y placez votre argent, protégé par un dispositif financier parfaitement démocratique, dont les sociétaires sont tous ceux qui le souhaitent, donnant un pouvoir démultiplié au peuple pour tracer la voie qu’il souhaite pour lui dans l’avenir?

…Mais c’est une autre histoire, avançons par étapes. Il faut juste intégrer que le RDB n’est qu’un élément d’un nouveau système socio-économique qui ne compromet en rien les prérogatives des uns et des autres. On ne méprise pas les uns, on n’attaque pas les autres. On ne suspecte pas les uns, on n’accuse pas les autres. C’est juste l’évolution, une évolution qui met enfin l’Homme à la place qui lui revient naturellement de droit et pour laquelle la nature l’a spécifiquement doté, après des millénaires de civilisation et un nombre considérable de transition sociétales.

Le paysan devenu ouvrier à la première révolution industrielle de la vapeur, devenu citoyen dans la seconde révolution industrielle du pétrole et de l’électricité, devient acteur du développement sociétal à la troisième révolution industrielle du numérique. Une évolution normale, naturelle, logique et inéluctable.

La transition sociétale est inéluctable !

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A propos de l’auteur

Fervent contemplateur de la société des hommes de toujours, homme de convictions profondes à l'esprit libre. Passionné d'économie, de sociologie, d'écologie, dans une vision holistique, l'épistémologie est le moteur de ma réflexion, source de ma conviction. Je soutiens une transition sociétale qui s'avérera inéluctable à terme et tente de l'expliquer et la dédramatiser, de faire passer le message que loin d'être une fin elle est un nouveau commencement, une solution aux problèmes que nous rencontrons aujourd'hui.



3 Responses to Un revenu universel équitable et porteur de développement socio-économique

  1. KaosPorthis says:

    Bonjour, c’est intéressant, mais à aucun moment il n’est question du seuil de pauvreté pour estimer le rdb.

    • Bonjour et merci de votre commentaire.

      Par définition, si le rdb est universel, tout le monde y a droit. Mais si une part est perçue par tous, riches et pauvres sous forme de monnaie locale complémentaire, l’essentiel était sous forme d’impôt négatif, c’est le revenu imposable qui détermine ce que l’on perçoit.

      Cordialement, TC

    • Bonjour,

      Merci de votre commentaire, que je n’ai pas vu passer. Je ne sais pas comment cela se fait, mais il n’est pas passé au travers du filtre de la modération et donc je ne l’ai pas vu.

      Effectivement, je ne traite pas du seuil de pauvreté. Pour deux raisons :

      Il est défini par la politique du moment, en fonction du vote de la population. Pour la droite la pauvreté est une notion, pour la gauche c’en est une autre et ça avec toutes les déclinaisons politiques de chacune des tendances au sein même de la tendance. Aujourd’hui, la norme — internationale — est que le seuil de pauvreté est constitué d’un revenu imposable à 60% du revenu médian. Sauf erreur, pour la France, 1084€ pour une personne seule. Ce chiffre augmentant avec le nombre de personnes dans le foyer, mais hors proportions Il sera par exemple de 1’400€ pour un couple. Ce qui signifie qu’avec le RDB, le seuil de pauvreté est dépassé dès que le ménage est constitué de plus d’une personne, puisque ce revenu est calculé par personne et non par foyer, mais ça aussi ça pourrait changer en fonction des tendances politiques. Le peuple tout-à-fait voter pour un gouvernement proposant d’établir un RDB par foyer. Il ne m’appartient donc pas d’en juger, mais juste de faire une proposition plausible, acceptable et réaliste.
      Je pense que pour ma part le RDB révèle le seuil de pauvreté. Celui qui vit du RDB sans autre revenu est considéré comme pauvre. Il me semble que c’est un chiffre plus pertinent qu’une référence au revenu médian qui lui ne reflète que la qualité de l’emploi au travers du niveau des salaires. Mais là encore, il ne s’agit que de mon opinion personnelle, il ne m’appartient pas d’en juger, la démocratie fera le reste si nous parvenons à avancer un jour, il s’agit surtout d’initier l’avenir.

      Merci de votre commentaire, amicalement, meilleurs voeux pour la nouvelle année, Thierry

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