Le Manifeste
Renverser la vapeur avant qu’elle ne nous étouffe
Le 20e siècle a été celui de la puissance productive. Il a sorti les masses de la misère, démocratisé le confort, allongé la vie, généralisé l’éducation, ouvert l’accès à la santé, à la mobilité, à la consommation, à la culture. Il ne s’agit pas de le nier. Mais ce développement s’est construit sur une équation devenue mortifère : produire toujours plus, employer toujours plus, extraire toujours plus, consommer toujours plus, jeter toujours plus. La croissance du 20e siècle a été une croissance d’arrachement : arrachement au sol, à la ressource, au vivant, à l’équilibre climatique, à la capacité de régénération du monde.
Nous avons longtemps cru que le progrès consistait à augmenter indéfiniment la quantité de matière mobilisée par l’activité humaine. Davantage de routes, d’usines, de voitures, d’objets, d’heures travaillées, de marchandises, de flux, et toujours plus d’humains pour y parvenir. Mais cette logique a fini par retourner sa propre promesse contre elle-même. Elle prétendait libérer l’humanité de la rareté et la pérenniser, elle l’a enfermée dans une nouvelle dépendance, l’exposant à la destruction. Elle prétendait produire de la prospérité, elle produit désormais, et depuis des décennies, aussi de l’épuisement, de la pollution, de la fragilisation biologique et de l’insécurité environnementale. La question écologique n’est donc pas un supplément d’âme que l’on ajouterait à la question sociale. Elle en est le miroir. Nous avons bâti un système qui détruit l’environnement pour maintenir l’emploi, puis qui détruit l’humain pour maintenir la croissance, puis qui détruit la croissance elle-même en épuisant les conditions matérielles qui la rendent possible. Nous sommes face à une absurdité historique : ravager le monde pour créer des emplois que la technologie rendra de toute façon de moins en moins nécessaires. Il nous faut nous extraire du dogme de la croissance par la consommation, le volume, pour lui préférer la croissance par la valeur.
C’est là que la transition sociétale devient décisive. Tant que nous resterons prisonniers du dogme de l’emploi, nous chercherons à fabriquer de l’activité pour justifier des revenus, même lorsque cette activité dégrade le monde. Nous continuerons à confondre utilité sociale et occupation productive. Nous continuerons à croire qu’une économie ne tient debout que si chacun participe à l’extraction, à la transformation, à la vente ou à la réparation des dégâts produits par l’étape précédente. L’économie contributive inverse cette logique. Elle ne demande plus à l’humain de produire toujours plus pour exister économiquement, elle lui permet de contribuer à restaurer, transmettre, réparer, organiser, soigner, relier, inventer, cultiver, comprendre. Là où l’économie de l’emploi a besoin de produire des volumes pour occuper les individus, l’économie contributive peut produire de la valeur en réduisant les dégâts. Elle rend possible une croissance qualitative, une croissance de réparation, de dépollution, de régénération, d’intelligence collective. Une croissance qui peut être négative en empreinte matérielle tout en étant positive en richesse sociale, technique, démocratique et humaine. Renverser la vapeur, ce n’est donc pas renoncer au progrès. C’est cesser de confondre le progrès avec la combustion du monde par des molécules chimiques sous des fumées toxiques. Ce n’est pas non plus d’organiser la décroissance punitive, la privation généralisée ou la culpabilisation des individus. C’est déplacer la croissance vers ce qui augmente réellement la force de vie : sols restaurés, énergie propre, matériaux circulaires, industrie du carbone, dépollution, santé environnementale, résilience locale, intelligence distribuée, souveraineté productive, démocratie économique.
L’écologie du 21e siècle ne sera pas seulement une politique de limitation. Elle devra devenir une politique de réorientation. Réorienter l’investissement. Réorienter l’industrie. Réorienter la fiscalité. Réorienter la technologie. Réorienter le travail humain libéré de l’emploi vers la contribution au vivant, aux territoires, aux savoirs, aux infrastructures communes. C’est par cette bascule que l’humanité pourra enfin cesser de survivre contre son environnement et commencer à prospérer avec lui. Nous n’avons donc pas seulement à sauver la nature. Nous devons sauver notre propre capacité de civilisation. Car un monde qui étouffe ne produit ni liberté, ni démocratie, ni prospérité durable. Il produit de la peur, de la rareté, de la violence, des replis autoritaires et des guerres de ressources. L’urgence écologique est une urgence politique, économique et anthropologique. Elle nous impose de changer de siècle avant que le siècle ancien ne nous ensevelisse sous ses déchets, ses fumées et ses certitudes périmées.
Une singularité sans précédent
Il est désormais acté que la singularité technologique du 21e siècle compromet la notion de travail tel que nous le concevons, nous amenant à le reconsidérer et les visions soutenues aujourd’hui par le monde politique sont échues. La perception de la création d’emplois grâce aux robots, présente encore dans les rapports et études qui pullulent repose autant sur un biais cognitif négateur de la terrorisante fin du travail que dans la mécompréhension de l’évolution technologique. Les robots industriels que nous connaissons sont des intelligences artificielles de première et seconde catégorie. Dans les années 50 sont apparus les premiers robots, les premières intelligences artificielles, des machines programmables non réactives. Pour illustrer, si vous avez une machine qui prend une pièce, met la pièce dans la machine qui l’usine, reprend la pièce et la pose dans le chariot, si vous n’avez plus de pièces, le robot continue son mouvement de la même façon. Plus grave, il se produit un incident, le robot est renversé, il va continuer de s’agiter à terre en persistant à reproduire les mouvements pour lesquels il est programmé. Dans les années 80 sont apparus les premiers robots programmables réactifs. Equipés de capteurs ils s’adaptent à leur environnement. Si le rôle d’un robot est de poser une aile sur des voitures, non seulement s’il n’y a pas de véhicule qui lui est soumis il ne va pas reproduire le mouvement, mais on peut changer de modèle en cours de route. Il va détecter le changement de modèle et installer l’aile correspondante. C’est la troisième révolution industrielle du numérique ou digitale. C’est de cette observation que découle la négation de la fin de l’emploi, plus exacte que la fin du « travail », qui est une notion, simplement appelée à évoluer, de ne pas aller au travail chaque matin n’est pas égal à l’oisiveté, l’humain sera toujours productif d’une façon ou d’une autre.
Mais là nous entrons dans la quatrième révolution industrielle qui déploiera progressivement ses effets dans les prochaines années. Les machines qui en sont issues sont des intelligences artificielles de troisième génération, des machines programmables, réactives, mémorielles et connectées. On peut les programmer, bardées de capteurs elles « comprennent » leur environnement pour s’y adapter, s’en souviennent et le communiquent à d’autres, les rendant interchangeables sans reprogrammation. Un robot industriel d’un type peut être remplacé par un autre qui s’adaptera à l’environnement parce qu’il le connaît comme s’il l’avait déjà pratiqué. La différence avec les machines de la troisième révolution industrielle est considérable, parce que jusque-là elles n’étaient que les assistantes de l’Homme. Elles soulageaient sa tâche, elles portaient le lourd à sa place, assumaient la répétition fastidieuse. L’Homme se contentait de veiller à ce qu’elles aient du travail et les dépannait en cas d’interruption. Avec les machines de la quatrième révolution industrielle, des usines entières se passent quasi totalement de l’Homme. Alors que dans la troisième révolution industrielle au lieu d’avoir cinq individus dans un atelier on en avait un accompagné d’un robot, avec la quatrième révolution industrielle, on a cinq hommes dans une usine qui remplacent 10’000 ouvriers.
Mais la cinquième révolution industrielle toque déjà à la porte. Les machines l’exploitant relèvent encore de la science-fiction, mais de plus en plus de la science que de la fiction. Il s’agit des intelligences artificielles mémorielles cognitives. Des machines qui un jour accèderont au niveau de la conscience. Mais sans même aller jusque-là, elles seront douées d’initiative, d’invention, de créativité. Alors que jusqu’à aujourd’hui on programmait une machine pour produire une action sur une pièce d’une invention humaine. Alors qu’avec les machines qui arrivent il devient possible de leur confier la fabrication de l’invention humaine. Demain, les machines seront capables de réaliser l’invention. Hier on programmait un robot pour saisir une pièce. Aujourd’hui on lui parle en lui disant : « montes-moi une voiture », demain on lui dira : « crée-moi une voiture ». Et le robot assumera, selon le cahier des charges, la création intégrale de la voiture. Il la dessinera, initiera la fabrication et viendra même vous la présenter comme Steve Jobs présentait l’iPad ou l’iPhone.
L’inéluctable fin de l’emploi
A l’aune de ce constat, on comprend alors que dans les prochaines décennies de plus en plus d’emplois seront occupés par des robots, dans toutes les fonctions, ce qui est hautement souhaitable humainement parlant, à condition d’en tirer les conclusions qui s’imposent. Il nous appartient de faire évoluer la société pour transformer ce qui est aujourd’hui perçu comme un drame en la plus gigantesque opportunité pour l’humanité depuis la découverte du feu, tout comme chaque siècle précédent a bénéficié de la sienne, propre à chaque grande transition sociétale. Depuis des décennies le dogme du plein emploi dilapide une ressource financière considérable dans des « investissements d’avenir », des « politiques de relance », des « accompagnement au retour à l’emploi »… mais le chômage et la paupérisation gagnent avec la baisse constante de la qualité de l’emploi et le désespoir du désœuvrement qui grandit au sein de la société en corollaire.
Les uns réclament des emplois verts dans la transition écologique, d’autres des emplois plus sociaux avec moins de patrons, d’autres qu’on assiste les patrons pour les aider à créer de l’emploi, d’autres proposent enfin des « solutions » pour faire perdurer le travail en le partageant. Toutes ces visions ne reposent finalement que sur l’idée d’étendre le 20e siècle au 21e. Tout, plutôt qu’évoluer, plutôt qu’avancer. Une résistance au changement qu’il est crucial de dépasser. Le paradoxe est cruel : au nom de l’emploi, nous sommes encore capables de défendre des activités qui n’ont d’autre fonction que d’entretenir la machine productive du siècle passé. Même les « emplois verts », lorsqu’ils sont pensés comme simple prolongement du marché du travail, restent prisonniers du même logiciel : il faut occuper, produire, générer des flux, maintenir l’activité. Or le véritable enjeu n’est pas de repeindre l’ancien monde en vert, mais de changer la finalité de l’activité humaine. La contribution ne cherche pas à produire de l’emploi ; elle cherche à produire de l’utilité. Et cette différence change tout.
Un monde révolu
Le chômage, les partis politiques actuels, l’environnement sociétal, certains avantages sociaux, ont été construits autour du travail et vont donc évoluer avec lui pour engendrer un nouveau monde plus démocratique, plus libre, plus respectueux de l’humain, où la place de l’homme ne sera plus à la production, mais à la construction de la société, dans un système plus contributif porté par l’intelligence collective. Un système qui ne compromet pas forcément les prérogatives actuelles des uns et des autres. En 100 ans l’immense majorité est passée d’un pouvoir d’achat pratiquement nul à une population faisant que, désormais, c’est dans le peuple lui-même que se trouve la richesse pour l’avenir. Depuis des millénaires de civilisation l’homme a toujours cherché à se débarrasser de la contrainte du travail, usant de subterfuges, exploitant l’autre de diverses manières au fil des âges, l’esclavage d’abord, le salariat dans l’ère moderne, la technologie ne lui permettant alors pas autre chose. Plus tard, après la Révolution française, il a cherché à ce que tout le monde puisse bénéficier des apports de la société moderne et, pour ce faire, à fait tout son possible pour que tout le monde ait un salaire, donc de l’argent, lui offrant un pouvoir d’achat générateur de richesse finançant le développement sociétal et apportant un niveau de vie à chacun. Il y est parvenu tant et si bien que la population a été multipliée par plus de trois au 20e siècle qui a apporté plus de développement sociétal que depuis l’apparition de l’Homme.
La conséquence en est aujourd’hui un monde pollué, à la ressource épuisée, l’environnement ravagé par le développement humain, désappointé par l’émergence du chômage sous la pression de la singularité technologique et scientifique du 21e siècle. Le problème n’est donc pas seulement que nous avons trop consommé. Le problème est que nous avons organisé toute la société autour de la nécessité de consommer pour faire tourner l’emploi, puis de travailler pour accéder à la consommation, puis de produire encore pour compenser les dégâts de cette consommation. C’est une boucle close, absurde, épuisante. Le 21e siècle doit ouvrir cette boucle : produire moins de dégâts, plus de sens, plus de qualité, plus de résilience, plus d’intelligence collective. Les « solutions » proposées par les uns et par les autres reposent sur le siècle échu, refusant obstinément de s’inscrire dans le 21e siècle, tout en pointant du doigt les ravages du Consumérisme sur l’environnement, remettant en cause la croissance dont l’ensemble a pourtant bénéficié et qui est indispensable au développement sociétal, pour l’amélioration de la vie de tous.
Ce n’est pas tant la croissance le problème que la base sur laquelle elle repose aujourd’hui qui n’a pas été toujours celle-là et peut changer demain. Pourtant ce n’est pas la première fois que l’Humanité évolue. Rien que dans son histoire récente, depuis la révolution industrielle, de la vapeur, au milieu du 18e siècle, où elle a d’abord connu l’Industrialisme, consistant à fabriquer les machines qui serviront à l’outil de production. Puis le Productivisme, porté par le Paternalisme dès la seconde moitié du 19e siècle pour enfin parvenir au Consumérisme au 20e. Ce n’est clairement pas la croissance qui pollue et ravage l’environnement, mais l’emploi. La croissance n’est qu’un flux, une valeur, elle repose sur ce que la société valorise, quand l’emploi implique un système très linéaire massivement extractiviste. Le 19e siècle a été celui de la puissance, grâce à l’avènement des machines. Le 20e siècle a été celui de la croissance, grâce à l’exploitation des machines. Le 21e siècle sera celui de l’intelligence, par l’automatisation des machines.
Une évolution positive souhaitable
D’évoluer n’a donc rien d’extraordinaire et de voir émerger un nouvel environnement parfaitement cohérent et complet, recouvrant les paramètres écologique, énergétique, économique, sociétal et social induits par les nouveaux paradigmes du 21e siècle ne devrait pas surprendre. Une nouvelle croissance, reposant sur de nouvelles bases, une nouvelle ressource, reposant sur le capitalisme cognitif, source d’innovation, une nouvelle société, plus contributive, portée par l’intelligence collective, où le citoyen prend pleinement la place qui lui revient de droit et pour laquelle la nature l’a spécifiquement doté et influe sur le devenir de la Nation. Cette nouvelle croissance ne peut pas être une simple continuation quantitative de l’ancienne. Elle doit être une croissance d’intelligence, de sobriété structurelle, d’efficacité matérielle, de circularité, de dépollution et de régénération. Une croissance capable d’augmenter le bien-être tout en diminuant l’empreinte ; d’augmenter la richesse collective tout en réduisant la pression sur les ressources ; d’augmenter la liberté humaine tout en diminuant la nécessité de produire pour produire.
Il ne s’agit pas de compromettre les prérogatives des uns et des autres dans une éperdue, séculaire et anachronique lutte des classes qui n’a jamais empêché les pauvres d’être pauvres, ni les riches d’être riches. Dans notre société, le problème ce ne sont pas les riches, ce sont les pauvres, alors occupons-nous d’eux en abolissant la pauvreté. Désenrichir les riches, c’est de la jalousie, enrichir les pauvres, c’est de la politique. Il ne s’agit pas de renverser la table au risque de briser la vaisselle, mais juste de laver la vaisselle, changer la nappe et de remettre le couvert pour le plat suivant, servi au 21e siècle pour mettre en marche un ensemble de solutions réalistes et parfaitement cohérentes dans un système devenu plus contributif, porté par l’intelligence collective.
Au cours du 20e siècle l’individu moyen a accédé au pouvoir d’achat, l’éducation, la culture, la démocratie, l’autonomie, la santé, l’espérance de vie et ses capacités cognitives ont explosé. La masse largement fruste et inculte encore au 19e siècle est aujourd’hui éduquée. Le citoyen devient donc en lui-même une ressource. De ne pas accepter qu’il soit remplacé par la machine dans l’outil de production est une aberration, de ne pas le laisser exploiter son capital cognitif pour le bien de tous un gaspillage, de sacrifier les acquis pour parvenir à le mettre au travail un scandale. Chacun pressent que notre société se trouve à un pivot de son évolution et la sensation que notre système s’essouffle, comme en témoigne le désintéressement de la population à la politique qui se traduit par la baisse du taux de participation à chaque élection. Face à la financiarisation de nos économies chacun se demande si l’humain a encore sa place. Finalement à quoi sert ce progrès, s’il est capable de créer tant d’exclusion et de souffrance ? Instinctivement, la nostalgie du « bon vieux temps » nous revient en mémoire. Nos politiques, héritiers de l’ancien système refusent de voir la réalité en face, nous mentent tout autant qu’à eux même dans le seul but de perpétuer un système dont la disparition est inéluctable.
Une politique empathique, humaniste
Il faut mettre en route les solutions d’avenir pour le 21e siècle. Un environnement social, économique, politique, écologique, sociétal, parfaitement cohérent, englobant tous les paramètres de notre civilisation moderne, démocratique, sans populisme, sans démagogie, sans rêves sans lendemain. L’utopie doit être réaliste pour être réalisable… et réalisée. Les délires démagogiques qui rassemblent parfois des foules sont vains et inutiles, non seulement parce qu’ils ne rassemblent systématiquement pas toutes les couches, mais aussi parce que ceux qui perdraient leurs prérogatives ne laisseraient pas faire, nous privant du changement. Et ils en ont le droit ! N’en déplaise à leurs détracteurs, les riches, les puissants, font aussi partie de la société, de les exclure et de s’en passer n’est pas plus une solution que de les subir et leur obéir tel que la condition des masses aujourd’hui et que le 21e siècle permet enfin d’abolir. C’est en abandonnant l’idée de la confrontation en menaçant les prérogatives sociales des uns comme des autres que nous avancerons. Se focaliser sur les uns ou sur les autres revient à s’égarer sur la voie de la transition sociétale jusqu’à compromettre le devenir de tous.
« La tyrannie est une monarchie qui vise l’avantage du monarque, l’oligarchie celui des gens aisés, la démocratie vise l’avantage des gens modestes. Aucune de ces formes ne vise l’avantage commun. » Aristote
Il nous faut un choix résolu et objectif d’évolution vers un environnement parfaitement cohérent et plausible, sans compromission sur les acquis, ni rejet de l’existant. Une paix sociale, que les forces, les intelligences, de tous les déciles, se rassemblent pour installer l’ensemble sur la voie de l’avenir, de changer de siècle politiquement, socialement et économiquement, pour avancer, réorganiser la société, la réadapter. Nos futures actions devront être radicalement différentes des perpétuelles actions politiciennes traditionnelles. Les besoins réels sont largement aussi porteurs de richesse et de développement. Elles reposeront systématiquement sur les nécessités que la société impose et non pas celles que des politiciens souhaiteraient imposer à la société. Et toujours sur un modèle ouvert, contraignant, mais offrant systématiquement une porte de sortie alternative permettant le respect des conditions imposées avant l’entrée dans un processus plus conditionné, afin de préserver les individualités et la diversité dans l’espace communautaire sans renoncer à l’évolution.
Désormais chaque citoyen est un contributeur économique et, au-delà, l’héritier de tous les efforts et sacrifices réalisés par les générations précédentes. A ce titre il a droit à la perception d’une fraction juste de la création globale de richesse, pour le bien de tous et à la liberté de faire preuve d’initiative. Ainsi, nous voilà avec une inégalité insupportable, le fossé riches-pauvres s’est creusé ainsi qu’une dette gigantesque, dans un seul but : combattre le chômage qui, ne peut que se développer encore avec l’automation de la quatrième révolution industrielle dans laquelle nous entrons alors même que nous ne nous sommes pas encore adaptés à la troisième qui se termine et que la cinquième s’avance déjà sur le chemin. L’inégalité, lorsqu’elle devient violente, douloureuse pour les plus faibles, est une injustice menaçant les fondements de notre société. Il est donc crucial de réduire l’inégalité, pour que les plus faibles fassent enfin partie intégrante de la société et des solutions d’avenir. L’Etat doit être fort, mais limité à son pouvoir régalien, issu du peuple toujours souverain et informé, disposant d’un pouvoir d’arbitrage et d’actions à même de fournir les services essentiels à la population et au fonctionnement de la Nation. A nous de définir les conditions de ce pouvoir, pour qu’il s’exerce à l’abri des perversions.
Une économie inclusive
L’environnement économique doit être contributif, inclusif pour tous les acteurs de l’économie, reposant sur l’intelligence collective. Un système redonnant un vrai pouvoir démocratique d’influence au peuple par ses choix, qui décide par lui-même de ce qu’il souhaite pour lui dans l’avenir, de la voie qu’il souhaite tracer. Il est possible de réduire l’inégalité équitablement. Cela ne s’est pas encore produit, non pas parce que les solutions n’existent pas, mais parce que personne ne les propose. Les pouvoirs en place restant trop ancrés dans les conservatismes pour avoir le courage de faire avancer notre monde. Par le passé, à chaque fois que des solutions novatrices ont pu être mises en pratique, notre société a fait un bond sociétal considérable. Le système social s’appuie sur un système économique reposant sur le travail de l’homme créateur de richesses. Aujourd’hui – et depuis longtemps — le nombre d’heures travaillées par l’homme en proportion de la création de richesse ne cesse de s’effondrer, dégageant du temps à l’homme de penser et d’agir pour lui, pour l’avenir, s’il ne subissait pas les affres de l’absurde chômage.
Et afin de ne pas perdre les acquis sociaux indispensables, symboles de notre réussite et qui sont la preuve éclatante du formidable développement de notre société ces dernières décennies, il nous appartient d’agir. Alors que désormais tout le monde contribue à la création de richesse, en regardant la télévision, en surfant sur les réseaux sociaux, par ses achats grevés de TVA, permettant au commerçant de payer des impôts, chaque acte de la vie génère aujourd’hui de la richesse. Il n’est plus possible de vivre en marge, d’être totalement déconnecté de la société, chacun dispose ainsi d’un droit acquis à sa part de la création de richesse à laquelle il a contribué par ses activités personnelles qui remplacent alors les activités productives, soumises à l’automation. Dans une économie contributive, la richesse ne se mesure plus seulement à ce qui est produit, vendu et consommé, mais aussi à ce qui est évité, préservé, restauré ou transmis. Une forêt préservée, un sol régénéré, une pollution supprimée, un objet réparé, une connaissance partagée, une dépendance évitée, une solitude rompue : tout cela constitue de la valeur. Le modèle actuel ne sait pas toujours la compter, parce qu’il a été construit autour du flux marchand. Le modèle contributif doit apprendre à reconnaître cette richesse invisible, précisément parce qu’elle est celle qui permettra au monde de redevenir habitable.
Une démocratie renforcée
Pour la première fois dans l’histoire l’opportunité est offerte à l’humanité d’envisager autre chose. Ce progrès, loin de faire notre malheur, fera notre bonheur si nous l’apprivoisons au lieu de le rejeter. Il brisera nombre de chaines aliénant notre condition. Alors que dans le passé toute la communauté contribuait ensemble à la récolte, à la sécurité, à la lutte contre les incendies et les calamités et dans toutes les décisions impliquant le devenir de la communauté, depuis bien longtemps les individus qui la composent ne se préoccupent plus que de leur travail, confiant à d’autres leur devenir, compromettant la notion de démocratie qui fait la force de la nation. Où se trouve le lobby du peuple aujourd’hui ? Derrière d’obscurs sondages ? Le peuple, censément souverain, trace le chemin dans la direction qu’il souhaite prendre pour lui dans l’avenir, sur lequel le politique bâtira la route. Cette tâche n’incombe à nul autre que le peuple lui-même, pas en se soumettant aux idées étroites et conservatistes des politiciens en place, autant soucieux de leur image que de perpétuer leur position dans un système fonctionnant quasiment à circuit fermé. C’est en confiant au politique d’initier les grandes transitions qu’elles se retrouvent soumises aux pressions des lobbys des multinationales et c’est en investissant l’espace démocratique qu’elles sont extraites de ces pouvoirs occultes.
Nous voulons, nous devons, nous pouvons ouvrir ce circuit…Nous avons la chance de vivre une période où, désormais, la démocratie est possible en permanence, où tout le monde peut donner son avis en continu, en temps réel, où de créer de nouveaux outils ne coûte presque rien ! Le bon sens consiste à ce que les grandes transitions partent du peuple et pour le peuple. Les grandes transitions que le peuple attend ne doivent pas être des causes à défendre, mais la conséquence de la force qu’il représente. Tout comme la première révolution industrielle de la vapeur a engendré sa transition sociétale, faisant du paysan un ouvrier, la seconde révolution industrielle, du pétrole et de l’électricité, a élevé ce paysan devenu ouvrier au rang de citoyen et lui apportera une espérance de vie plus longue, l’accès à la santé, l’éducation, la démocratie ; la troisième révolution industrielle, du numérique, lui apportant la capacité d’échanger, de composer avec l’ensemble, dans une intelligence collective, fera alors de lui un acteur du développement sociétal. Cette transition sociétale nous promet une nouvelle élévation de la société, à condition de l’accepter et l’organiser. Et il appartient en effet à la société civile de s’organiser pour être prête au changement. Mais des idées d’organisation de la société civile ne sont rien en l’absence de solutions politiques. Or les partis politiques actuels, sans exception, sont tous des outils obsolètes d’un passé échu, nés au 20e siècle, avec les paradigmes du 20e siècle voir du 19e.
L’ère des grandes transitions
La nouvelle réalité économique et politique du 21e siècle reposera sur de grandes transitions visant à l’amélioration des conditions de vie de la population tout en réduisant l’empreinte écologique et optimisant la ressource. Une transition agrobiologique, qui doit nous permettre de nous passer de pesticides pour décontaminer notre environnement pollué par des décennies de traitements toxiques et reconstituer nos sols érodés par la surproduction industrielle. Une transition énergétique, qui nous permettra de nous passer du nucléaire un jour mais aussi et surtout des sources énergétiques carbonées. Une transition écologique, qui non seulement implique les deux premières, mais également tous les paramètres qui permettent un gain environnemental. Des transitions porteuses de sens, humanistes, mais aussi économiquement porteuses d’une nouvelle croissance pour le 21e siècle. De ces grandes transitions découlera non seulement notre future croissance, une nouvelle croissance reposant sur de nouvelles bases plus durables, mais également une véritable renaissance de l’humanité qui inversera les conséquences du Consumérisme au 20e siècle par l’exploitation effrénée et avide de la ressource en réorientant démocratiquement les investissements industriels vers les nouvelles technologies qui non contentes d’être propres, exploiteront la pollution comme la nouvelle ressource naturelle du 21e siècle, dépolluant ainsi notre environnement. Toutes ces transitions ne sont pas en elles-mêmes des causes à défendre, mais la conséquence inéluctable d’une seule : la transition sociétale. Qui apporte la démocratie et le pouvoir au peuple de les imposer du seul fait de sa sensibilité. Une solution politique simple, logique, puissante, faisant du peuple une force irrépressible.


