Sortir de la trappe à bas salaires
Augmenter les salaires sans augmenter la charge pour les entreprises en réduisant simultanément le déficit public et limitant la dette souveraine
La France ne souffre pas seulement de salaires insuffisants, systématiquement 400 € trop bas. Elle souffre d’une architecture économique qui organise, finance et entretient leur insuffisance. Avec le temps la société s’est complexifiée pour générer de l’emploi, faisant de la gestion des entreprises une véritable gageure, source de charges et de coûts, qui compriment les salaires. D’autre part, le système a été structuré pour créer le plus d’emplois possible, même inutiles, faisant que les emplois utiles se sont vus amputer pour financer les emplois superfétatoires. Avec pour conséquence principale, outre le fait que la société est devenue une insupportable usine à gaz délirante, que le salaire minimum est trop bas, le salaire médian est trop bas et se rapproche insensiblement du SMIC au fil du temps, et le salaire moyen est trop bas. Même le seuil à partir duquel une personne seule peut commencer à être considérée comme relativement aisée se situe trop bas au regard du coût réel de la vie, du logement, de l’énergie, de la mobilité et de la contribution attendue de chacun au fonctionnement de l’économie.

En 2024, dans le secteur privé, le salaire net médian n’était que de 2 190 euros par mois et le salaire net moyen de 2 733 euros. Hors apprentis et stagiaires, la moyenne atteignait 2 813 euros. Le premier décile se situait sous 1 492 euros tandis qu’un salarié sur dix dépassait 4 334 euros. Cette distribution montre une concentration massive des emplois dans les niveaux de rémunération faibles et intermédiaires. Le problème n’est pourtant pas seulement que les entreprises paient insuffisamment mais que l’État a construit un système dans lequel payer insuffisamment est devenu l’option économiquement la plus rationnelle. Pour favoriser l’emploi, la France a progressivement réduit les cotisations patronales sur les bas salaires. Puis, comme ces salaires ne permettaient plus de vivre convenablement, elle a ajouté des prestations publiques destinées à compléter le revenu des travailleurs : prime d’activité, aides au logement, chèque énergie et divers mécanismes sociaux ou fiscaux. L’entreprise paie ainsi un salaire incomplet, l’État réduit les prélèvements qu’elle devrait normalement acquitter, puis il verse au salarié les compléments nécessaires pour rendre ce salaire socialement supportable. Ce système revient à socialiser une partie croissante du coût du travail tout en laissant à l’entreprise la maîtrise de la marge ainsi libérée. Et cela implique une conséquence majeure : plus un salarié est proche du SMIC, plus il devient coûteux de l’augmenter. Et donc moins on est incité à élever le salarié, ce qui créé un piège, une trappe à pauvreté.
L’État a construit une trappe à bas salaires
Depuis le 1er janvier 2026, la réduction générale dégressive unique, ou RGDU, permet aux employeurs de réduire fortement leurs cotisations patronales pour les rémunérations proches du SMIC. La réduction maximale atteint environ 39,8 à 40,2 points selon la taille de l’entreprise. Elle diminue ensuite progressivement jusqu’à trois fois le SMIC. Le mécanisme officiel est censé encourager l’emploi et, depuis sa réforme, favoriser la progression salariale. Mais sa logique fondamentale reste la même : le taux de cotisations effectivement acquitté est minimal au niveau du SMIC, puis augmente avec le salaire.
L’employeur qui maintient un salarié au minimum bénéficie donc du niveau maximal d’allègement. Lorsqu’il augmente ce salarié, il doit simultanément :
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- Payer le salaire supplémentaire ;
- Payer les cotisations salariales correspondant au nouveau brut ;
- Payer davantage de cotisations patronales ;
- Absorber la disparition progressive des allègements attachés au bas salaire.
À cela s’ajoute un phénomène qui n’apparaît pas dans la fiche de paie : la perte des prestations du salarié.
Au 1er juin 2026, le SMIC mensuel représente 1 867,02 euros brut et environ 1 477,93 euros net. Un salarié au SMIC vivant dans un ménage modeste peut percevoir autour de 200 à 300 euros mensuels de prime d’activité et de compléments connexes. La bonification individuelle maximale de la prime d’activité atteint à elle seule 240,63 euros par mois en 2026.
Prenons donc un cas représentatif :
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- Salaire net : environ 1 480 euros ;
- Aides et compléments : environ 250 euros ;
- Revenu disponible total : environ 1 730 euros.
Supposons que l’entreprise soit satisfaite de ce salarié et souhaite augmenter son pouvoir d’achat réel de 400 euros par mois. Elle ne peut pas simplement lui verser 400 euros nets supplémentaires. À mesure que son salaire augmente, les 250 euros de prestations disparaissent. Pour que son revenu disponible passe effectivement de 1 730 à 2 130 euros, son salaire net, privé des compensations de l’Etat, doit donc atteindre environ 2 130 euros net. L’augmentation nécessaire n’est conséquemment pas de 400 euros, mais d’environ 650 euros net. Ces 650 euros représentent approximativement 810 à 830 euros brut. Mais l’employeur perd en même temps une grande partie de la RGDU dont il bénéficiait au niveau du SMIC. Son coût total peut ainsi passer d’un peu moins de 2 000 euros à environ 3 450 euros mensuels. Pour procurer 400 euros de revenu disponible supplémentaire au salarié, l’employeur doit donc supporter un coût proche de 1 500 euros. Dit autrement, le système actuel contraint les entreprises à dépenser près de 3,75 euros pour qu’un salarié modeste conserve réellement un euro supplémentaire. Ce n’est pas une simple anomalie sociale, mais une véritable absurdité économique. L’État incite d’abord l’entreprise à maintenir le salaire au minimum, puis il dépense de l’argent public pour rendre ce minimum vivable. Enfin, il sanctionne financièrement l’entreprise qui cherche à sortir son salarié de cette dépendance.
De l’aide aux entreprises à la distribution de dette souveraine
Le système français des aides aux entreprises est devenu suffisamment vaste et fragmenté pour que personne ne puisse plus en établir précisément le périmètre. Une commission d’enquête du Sénat a recensé plus de 2 200 dispositifs et estimé leur montant à 211 milliards d’euros en 2023 selon une définition large, contre 108 milliards selon une définition plus restrictive. Le Sénat souligne lui-même l’absence de définition transversale, la dispersion des sources et les difficultés d’évaluation.
Cette complexité permet de présenter chaque dépense comme un dispositif autonome :
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- Aide à l’emploi ;
- Aide à la compétitivité ;
- Aide à la recherche ;
- Exonération fiscale ;
- Réduction de cotisations ;
- Compensation énergétique ;
- Soutien territorial ;
- Aide à la formation ;
- Accompagnement à la transformation ;
- Crédit d’impôt ;
- Garantie pour ceci ou cela (crédit, marché public extérieur, etc.) ;
- Subvention sectorielle.
Mais l’argent est fongible dans les comptes d’une entreprise, dont la caisse est par nature unique. Lorsqu’une dépense normalement supportée par l’entreprise est prise en charge par l’État, le montant correspondant devient disponible pour financer autre chose : les salaires, la marge, l’investissement, le désendettement, les acquisitions ou les distributions aux actionnaires. Une aide permanente au fonctionnement n’est donc jamais économiquement indépendante du salaire. Même lorsqu’elle porte une autre étiquette, elle réduit la part de la valeur ajoutée que l’entreprise doit consacrer à ses propres coûts puisque sa rentabilité est assurée par d’autres moyens. C’est en ce sens qu’une partie considérable des aides publiques constitue une substitution de l’État au paiement normal des rémunérations et des charges de l’activité.
Lorsque ces aides sont financées par le déficit, le mécanisme devient plus problématique encore :
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- L’État emprunte ;
- Il transfère l’argent ou renonce à une recette ;
- L’entreprise préserve sa marge ;
- Le salarié reste faiblement rémunéré ;
- L’État complète son revenu ;
- La dette publique augmente ;
- Cette dette sert ensuite de justification à la réduction des prestations, des remboursements de santé et des services publics.
La collectivité distribue ainsi de la dette souveraine aux entreprises, puis demande aux consommateurs et aux bénéficiaires du système social d’en supporter la charge. La compression des prestations réduit le revenu disponible, la consommation ralentit, les recettes fiscales progressent moins vite et le déficit demeure, ce qui justifie un nouveau cycle de restrictions. Le système se présente comme une politique de compétitivité. Il produit en réalité une boucle de bas salaires, de dette, d’appauvrissement de la demande et de fragilisation budgétaire, rompant ainsi l’équilibre général cher à nos Prix Nobel Gérard Debreu puis Maurice Allais après lui, instaurant ce que j’ai appelé le déséquilibre général, mais qu’il aurait mieux convenu d’appeler le foutoir général.
Inverser entièrement la logique des cotisations patronales
La proposition présentée ici consiste à remplacer cette architecture par un barème de cotisations patronales décroissant avec le salaire. Aujourd’hui, le système récompense le bas salaire et augmente progressivement le coût marginal des augmentations. Le nouveau système ferait exactement l’inverse, plus une entreprise rémunère faiblement, plus son taux de cotisations patronales est élevé. Plus elle augmente les salaires, plus ce taux diminue. Le SMIC serait augmenté à 1700 €, le niveau que propose Jean-Luc Mélenchon, mais sans autre mesure, ce qui le rend peu plausible. Ici, le SMIC augmente à la même hauteur, mais il ne se répercute pas systémiquement sur l’ensemble de la grille.
En parallèle 150 milliards d’aides aux entreprises sont progressivement supprimées, les faisant revenir grosso modo à leur niveau de 2000 corrigé de l’inflation. Incluant bien évidemment les primes aux bas salaires (prime d’activité, chèque énergie, etc…), ainsi que les baisses de charges patronales sur la Sécu, qui représentent 80 milliards, à l’origine du prétendu « trou de la Sécu ». Que l’on cherche à reboucher en déremboursant, transférant la charge aux mutuelles qui augmentent, augmentant la franchise, etc. Toutes choses qui débouchent sur un appauvrissement et donc une baisse du pouvoir d’achat et par conséquent un ralentissement de l’économie et donc une baisse future des rentrées fiscales pour l’Etat.
Mon premier barème envisagé empiriquement reposait sur un taux de référence patronal d’environ 42 %, majoré donc au niveau du nouveau SMIC, puis divisé par deux au revenu médian et par quatre au seuil de richesse. La simulation macroéconomique a ensuite permis de le recalibrer afin d’obtenir un compromis plus pertinent pour parvenir à l’objectif qui ressemble à une quadrature du cercle : augmenter fortement les salaires tout en maintenant pratiquement inchangé le coût salarial agrégé des entreprises. Calculs faits, à la louche, il faudrait une étude plus poussée pour avoir des chiffres précis, des moyens que je n’ai pas, mais l’ordre de grandeur, je pense, est assez juste, la fourchette est étroite. Plus on monte dans les salaires, moins on paie de charges, compensant la surcharge sur les plus bas salaires, mais plus le niveau de rémunération est rare. Et plus les impôts payés par ces heureux salariés sont élevés, compensant le manque de rentrées fiscales en raison du faible pouvoir d’achat des plus bas salaires.
Le barème retenu serait approximativement le suivant :
| Niveau de rémunération nette mensuelle | Taux patronal appliqué au salaire brut |
|---|---|
| Nouveau SMIC à 1 700 € net | Environ 41 % |
| Revenu médian cible, autour de 2 650 à 2 700 € net | Environ 20,5 % |
| Seuil de richesse fixé à 4 000 € net | Environ 10,25 % |
| Au-delà de 4 000 € net | Environ 10,25 % |
Les seuils sont exprimés en salaire net pour rendre le mécanisme compréhensible. Les cotisations resteraient naturellement calculées sur le salaire brut correspondant.
Entre les trois points, le taux diminuerait progressivement, sans palier brutal. Une entreprise maintenant un salarié au nouveau SMIC acquitterait donc un taux patronal significatif. En augmentant ce salarié vers le revenu médian, elle diviserait ce taux par deux. En l’amenant au seuil de 4 000 euros, elle le diviserait encore par deux. L’augmentation salariale ne serait plus un élément fiscalement pénalisant. Tout au contraire, elle deviendrait une méthode de réduction du taux de charges.
Une entreprise aurait deux choix, tous deux favorables à la collectivité
Le fonctionnement du système ne nécessite pas d’obliger administrativement chaque entreprise à convertir toutes ses économies de cotisations en salaires. Deux comportements sont possibles.
L’entreprise conserve un bas salaire
Elle paie alors un taux patronal élevé. L’État et la Sécurité sociale encaissent davantage de cotisations que dans le système actuel, où les prélèvements proches du SMIC sont presque entièrement effacés. L’entreprise conserve sa liberté de gestion, mais elle ne bénéficie plus d’une subvention incitative à la sous-rémunération.
L’entreprise augmente le salaire
Son taux patronal diminue. La baisse des cotisations finance une partie, voire une grande partie, de l’augmentation.
Parallèlement :
-
- Les cotisations salariales augmentent ;
- La CSG augmente ;
- L’impôt sur le revenu peut augmenter ;
- Les prestations compensatoires diminuent ;
- La consommation augmente ;
- Les recettes de TVA augmentent ;
- L’économie, socle du fonctionnement des entreprises, est plus dynamique ;
- La dépendance du ménage aux transferts publics diminue.
Dans le premier cas, l’État récupère des cotisations patronales. Dans le second, il récupère des cotisations salariales, des prélèvements fiscaux, de la consommation et des économies de prestations. Le mécanisme n’a donc pas besoin de reposer sur une obligation uniforme, il tarifie directement le choix salarial de l’entreprise et récompense l’effort d’augmentation. Le but n’est bien sûr pas de contrôler chaque décision de rémunération mais de faire en sorte que l’architecture globale cesse de favoriser systématiquement le salaire minimum en préférant naturellement la progression du salaire.
Une augmentation générale sans hausse du coût salarial agrégé
Pour tester le principe, une simulation approximative a été construite à partir de la distribution détaillée des salaires du secteur privé publiée par l’Insee. Elle porte sur environ 17,5 à 18 millions d’équivalents temps plein ordinaires, après neutralisation des situations les plus particulières.
Le scénario retient :
-
- Un plancher porté à 1 700 euros net ;
- Une progression croissante des rémunérations ;
- Une augmentation proche de 400 euros autour du salaire médian ;
- Une translation analogue du salaire moyen ;
- Une progression de l’ensemble de la grille jusqu’au seuil de 4 000 euros.
L’ordre de grandeur obtenu est le suivant :
| Effet annuel estimé | Montant |
|---|---|
| Salaires nets supplémentaires | Environ 75 Md€ |
| Salaires bruts supplémentaires | Environ 104 Md€ |
| Cotisations salariales, CSG et contributions supplémentaires | Environ 29 Md€ |
| Réduction des cotisations patronales | Environ 104 Md€ |
| Variation du coût salarial total des entreprises | Proche de zéro |
Le mécanisme transfère donc environ 75 milliards d’euros par an vers le revenu net des salariés sans augmenter significativement la masse totale constituée des salaires bruts et des cotisations patronales. Le salaire brut progresse d’environ 104 milliards et les cotisations patronales diminuent d’un montant équivalent. Pour les entreprises prises dans leur ensemble, le coût du travail demeure quasiment stable. Pour les salariés, le revenu du travail progresse massivement. Pour les finances sociales, une partie des cotisations patronales est remplacée par des cotisations salariales et par les autres bases fiscales grâce à l’élargissement de l’assiette de consommation suite à l’amélioration du pouvoir d’achat. Ce résultat est précisément ce que le système actuel ne parvient pas à faire, c’est-à-dire transformer des aides publiques et des exonérations en salaires sans alourdir la facture globale des entreprises et ce tout en grevant l’Etat d’une double surcharge, puisque d’un côté il assume la dette consentie pour financer ces exonérations, et de l’autre la baisse des rentrées fiscales en raison de la paupérisation d’une fraction de la classe moyenne.
Une neutralité macroéconomique, pas entreprise par entreprise
La réforme ne serait pas neutre pour chaque entreprise prise isolément. Elle ne doit de toute façon pas l’être, la mesure perdrait une partie de sa raison d’être qui est de ne plus considérer les smicards comme un facteur de correction de rentabilité. Ce n’est pas gauchisant que de dire que les salariés n’ont pas à faire les frais des conséquences de la rentabilité et donc de la gestion d’une entreprise. Ainsi, une entreprise fondée sur une forte proportion de salariés proches du SMIC paierait davantage, tandis qu’une autre employant des salariés correctement rémunérés paierait moins de cotisations. Une entreprise qui augmenterait ses rémunérations réduirait rapidement de manière significative son taux. Une entreprise déjà positionnée sur des emplois qualifiés, productifs et bien payés bénéficierait directement du nouveau système. Il ne s’agit pas d’une dégradation de la compétitivité française, mais d’une réallocation de la compétitivité.
Le système actuel favorise les modèles fondés sur :
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- Le travail peu qualifié ;
- Les faibles rémunérations ;
- La compression des coûts ;
- La multiplication des emplois à faible valeur ajoutée ;
- La dépendance aux aides publiques.
Le nouveau système favoriserait :
-
- La montée en gamme ;
- L’investissement technologique ;
- L’automatisation ;
- La qualification ;
- L’innovation ;
- La productivité ;
- La fidélisation des salariés ;
- Les activités exportatrices à forte valeur ajoutée.
Une entreprise ne serait plus compétitive parce que l’État lui permet de payer peu mais parce qu’elle produit suffisamment de valeur pour bien rémunérer. Les secteurs à faible productivité seraient poussés à moderniser leurs procédés, réorganiser leur travail, investir, automatiser ce qui peut l’être ou répercuter dans leurs prix le coût réel de leurs prestations. Pour ce faire les aides aux entreprises existeraient toujours, mais ponctuelles, correspondantes à une action et une conséquence précise, mesurable, innovation, expansion, création, modernisation. Il faut absolument comprendre que ce déplacement est nécessaire, indispensable, même, une économie avancée ne peut pas construire durablement sa compétitivité sur la capacité à multiplier les emplois sous-payés.
Des salariés mieux payés sont aussi un investissement productif
L’augmentation des salaires n’est pas uniquement une dépense sociale, elle modifie le rapport du salarié à son entreprise en améliorant sa qualité de vie, sa santé mentale.
Une meilleure rémunération améliore :
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- La motivation ;
- La fidélité ;
- L’implication ;
- La qualité du recrutement ;
- La continuité des compétences ;
- La disponibilité cognitive ;
- La capacité à se former ;
- La productivité ;
- La qualité du service.
Ce qui amène à réduire :
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- Le turnover ;
- Les coûts de recrutement ;
- Les coûts de formation répétée ;
- L’absentéisme ;
- La démotivation ;
- Les erreurs ;
- La désorganisation des équipes.
L’Organisation internationale du travail relève que les augmentations de salaire minimum peuvent contribuer à améliorer la productivité du travail, notamment par la motivation, l’investissement dans les compétences et les changements organisationnels des entreprises. Ces effets ne sont toutefois pas nécessaires pour équilibrer la simulation. Le modèle est conçu pour être globalement neutre avant même de les comptabiliser. Ils constituent donc un gain potentiel supplémentaire immédiat, avant de bénéficier d’autres effets ultérieurement.
Supprimer 150 milliards d’aides permanentes, pas l’investissement public stratégique
La réforme est donc associée à la suppression ou à l’absorption d’environ 150 milliards d’euros d’aides permanentes aux entreprises, comme nous l’avons vu plus haut. Cette limite est essentielle pour maintenir un niveau d’aides indispensable à l’évolution des entreprises, leur adaptation nécessaire à l’économie.
Il ne s’agit pas de supprimer l’ensemble des interventions publiques destinées aux entreprises. Une économie moderne doit continuer à soutenir :
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- La recherche ;
- L’innovation ;
- L’industrialisation (mais uniquement à forte valeur ajoutée) ;
- La création d’entreprise ;
- L’expansion ;
- La modernisation des outils de production ;
- La transition énergétique ;
- La décarbonation ;
- Les infrastructures stratégiques ;
- Les technologies émergentes ;
- La souveraineté industrielle pour les productions stratégiques.
Seulement ces aides doivent être ponctuelles, temporaires, ciblées sur des projets, conditionnées à un investissement supplémentaire réel et orientées vers la transformation de l’économie. Elles peuvent être établies sur un plan de transformation ou d’expansion sur plusieurs exercices, mais elles ne doivent pas devenir une contribution permanente de l’État au fonctionnement ordinaire de l’entreprise. Le périmètre large identifié par le Sénat atteint 211 milliards d’euros. En retenant environ 150 milliards de soutiens permanents à réintégrer dans la logique normale de l’économie, il resterait une capacité de plusieurs dizaines de milliards pour financer l’innovation, l’investissement et la modernisation. Cette frontière évite deux erreurs symétriques. La première consistant à maintenir toutes les aides au nom de la compétitivité, alors qu’une partie ne fait que soutenir les marges et les bas salaires. La seconde consistant à supprimer toutes les aides, y compris celles qui permettent d’engager des transformations que le marché ne financerait pas spontanément. La réforme supprime l’assistance permanente au modèle économique et conserve l’investissement public dans l’avenir.
Le bilan pour les finances publiques
Les exonérations et exemptions sociales représentent déjà une masse considérable. Pour 2024, leur coût total était estimé à près de 91 milliards d’euros, dont environ 75 milliards pour les allègements généraux et exonérations ciblées. Les documents budgétaires constatent également que cette dynamique est liée à la concentration des emplois dans le bas de la distribution salariale. Pour éviter tout double comptage, les exonérations actuelles doivent être considérées comme déjà intégrées au faible montant des cotisations patronales effectivement encaissées. Le calcul peut être résumé ainsi :
Sur les 150 milliards d’aides permanentes supprimées ou réorganisées :
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- Environ 70 à 75 milliards correspondent aux allègements sociaux déjà intégrés au système actuel ;
- Environ 75 à 80 milliards représentent d’autres dépenses, crédits, exonérations ou soutiens permanents devenant disponibles.
Dans le scénario de neutralité pour les entreprises :
-
- L’État et les organismes sociaux perdent environ 104 milliards de cotisations patronales ;
- Ils récupèrent environ 29 milliards de cotisations salariales et de prélèvements sur les salaires ;
- La perte sociale nette est donc proche de 75 milliards ;
- La suppression des autres aides permanentes rapporte environ 75 à 80 milliards ;
- L’équilibre direct est déjà pratiquement atteint.
S’ajoutent ensuite les effets immédiatement mesurables :
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- Baisse de la prime d’activité et des compléments de revenu ;
- Hausse de l’impôt sur le revenu ;
- Hausse de la TVA ;
- Hausse des taxes sur la consommation ;
- Augmentation des recettes liées à l’activité supplémentaire en raison de la dynamisation de l’économie.
En restant dans des hypothèses raisonnables, l’amélioration immédiate du solde public peut être estimée entre 25 et 35 milliards d’euros par an. Il ne s’agit pas d’un gain obtenu en réduisant les revenus des ménages ou en comprimant les services publics, mais en transformant une dépense publique destinée aux entreprises en revenu du travail.
De 5 % à environ 4 % de déficit, immédiatement
La loi de finances pour 2026 prévoit un déficit public de plus de 5 % du PIB. Le PIB français a atteint environ 2 991 milliards d’euros en 2025. Un point de PIB représente donc presque 30 milliards d’euros. Une amélioration du solde public comprise entre 25 et 35 milliards permettrait ainsi de ramener immédiatement le déficit d’environ 5 % à environ 4 % du PIB. Ce résultat correspond uniquement à l’effet correctif direct, calculé à structure économique globalement constante. Il signifie également que l’État aurait besoin d’émettre chaque année 25 à 35 milliards d’euros de dette nouvelle en moins. Et ce tout en finançant la modernisation de l’économie au lieu de s’acharner à préserver l’existant. Le stock nominal de dette continuerait naturellement à progresser tant que le budget resterait déficitaire. Mais sa progression ralentirait immédiatement. Le ratio dette sur PIB pourrait se stabiliser puis diminuer si la croissance nominale devenait supérieure au rythme d’accumulation de la dette. Une croissance de 1,5 % suffirait à atteindre le déficit 0 et donc stopper totalement l’endettement, tout en améliorant la qualité de vie pour tous, y compris les entreprises.
La réforme produirait donc simultanément :
-
- Moins de déficit ;
- Moins de dette nouvelle ;
- Davantage de salaires ;
- Davantage de demande ;
- Une économie plus dynamique.
C’est l’inverse d’une politique d’austérité.
Une politique d’austérité réduit les prestations ou les dépenses publiques, ce qui diminue la consommation et les recettes fiscales futures. Elle peut améliorer temporairement une ligne budgétaire tout en dégradant la base économique sur laquelle repose le budget. C’est une spirale infernale qui dégrade constamment l’économie. Ici, l’amélioration du solde est obtenue en augmentant le revenu issu du travail.

Soixante à soixante-dix milliards de demande supplémentaire
Sur les 75 milliards de salaire net supplémentaire, une part importante serait consommée. Avec une propension à consommer comprise entre 80 et 90 %, cela représente potentiellement 60 à 68 milliards d’euros de demande annuelle supplémentaire (et les 10 % à 20 % restants, épargnés, constituent les réserves nécessaires au système de création monétaire par le crédit, ce qui favorise l’investissement).
Une partie serait épargnée. Une autre financerait des importations. Mais plusieurs dizaines de milliards reviendraient directement dans :
- Le commerce ;
- Les services ;
- Le logement ;
- La mobilité ;
- Les loisirs ;
- La restauration ;
- Les équipements ;
- L’entretien ;
- L’économie locale.
Cette demande supplémentaire augmenterait le chiffre d’affaires des entreprises. Elle améliorerait leur capacité à absorber la redistribution interne du coût salarial. Elle générerait de nouvelles recettes fiscales. Elle réduirait les risques de défaillance liés à l’insuffisance de la demande. Elle pourrait également provoquer de nouveaux investissements pour répondre à l’augmentation de la consommation et sa diversification en raison de l’évolution du 21e siècle. L’argent versé aux ménages modestes et intermédiaires circule beaucoup plus rapidement dans l’économie que l’argent immobilisé dans des structures financières, distribué sous forme de dividendes ou accumulé dans des patrimoines déjà élevés. C’est de l’argent qui est utilisé pour vivre. Et donc chaque somme versée est immédiatement utilisée, essentiellement dans le commerce local. Ce n’est pas que les petits revenus passent leurs journées à faire des achats compulsifs sur Temu ou Aliexpress, ils commencent déjà par assurer le quotidien tant qu’ils peuvent. Et donc une part de l’argent revient très vite dans les caisses de l’Etat via la TVA puis dès l’exercice suivant via les impôts sur les sociétés et les revenus des salariés des entreprises chez qui les achats ont été faits. C’est la raison pour laquelle les prestations sociales ne coûtent rien, c’est l’Etat qui paie. Elles rapportent, parce qu’elles élargissent l’assiette de consommation, quand les aides aux entreprises élargissent le versement de dividendes optimisés fiscalement à l’étranger. Le transfert vers les salaires ne constitue donc pas seulement une redistribution. Il augmente la vitesse de circulation de la monnaie dans l’économie productive.

Le passage à 4 % n’est qu’un plancher statique
Le gain de 25 à 35 milliards ne comptabilise pas pleinement les effets de second tour.
À moyen terme, la réforme pourrait produire :
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- Une augmentation du PIB ;
- Une hausse supplémentaire des recettes de TVA ;
- Une hausse de l’impôt sur le revenu ;
- Une amélioration des résultats des entreprises bénéficiant de la demande ;
- Une hausse de l’impôt sur les sociétés ;
- Une diminution du turnover et de l’absentéisme ;
- Une amélioration de la productivité ;
- Une baisse du nombre de travailleurs pauvres ;
- Une réduction supplémentaire des prestations sous conditions de ressources ;
- Une accélération de l’automatisation et de la montée en gamme ;
- Un élargissement général des bases fiscales et sociales.
La hausse du PIB aurait elle-même un effet mécanique sur les ratios publics. À déficit nominal identique, une économie plus importante affiche un déficit et une dette plus faibles en proportion du PIB. Le passage de 5 % à environ 4 % doit donc être considéré comme l’effet correctif immédiat minimal, non comme le point d’arrivée. La dynamique économique peut prolonger progressivement la baisse du déficit et rapprocher les finances publiques du seuil de 3 %, sans qu’il soit nécessaire de demander à la seule réforme salariale de financer l’intégralité du redressement. Le dernier point de déficit peut être traité par d’autres leviers : efficacité administrative, fiscalité du patrimoine, évasion et optimisation fiscales, dépenses improductives, réforme de certains transferts, organisation territoriale ou meilleure allocation de l’investissement public.
Changer la fonction économique du salaire
Cette proposition ne consiste pas seulement à augmenter le SMIC, elle modifie la fonction économique du salaire dans l’entreprise. Dans le système actuel, le salaire est un coût qu’il faut minimiser pour obtenir le maximum d’allègements publics. Dans le nouveau système, le salaire devient un moyen de réduire le taux de cotisations patronales, d’attirer les compétences, de fidéliser les salariés et d’améliorer la productivité, le faible salaire n’est plus un avantage compétitif, tandis que le salaire élevé cesse d’être pénalisé. L’aide publique cesse de financer le fonctionnement permanent des entreprises, la dette publique cesse de se substituer à la rémunération normale du travail. L’innovation et l’investissement continuent d’être soutenus, mais en tant que transformations ponctuelles, non comme perfusion permanente. La compétitivité n’est plus fondée sur la compression salariale. Elle repose sur la valeur ajoutée, la technologie, la qualité, l’organisation et la compétence.
Une réforme simultanément sociale, productive et budgétaire
Le mécanisme proposé permettrait, selon les ordres de grandeur retenus :
- De porter le SMIC à environ 1 700 euros net ;
- D’augmenter le salaire médian d’environ 400 euros ;
- D’augmenter le salaire moyen dans des proportions comparables ;
- De porter le seuil de richesse individuel à au moins 4 000 euros ;
- De distribuer environ 75 milliards d’euros nets supplémentaires aux salariés ;
- De maintenir quasiment stable le coût salarial agrégé des entreprises ;
- De supprimer ou réorganiser environ 150 milliards d’aides permanentes ;
- De préserver plusieurs dizaines de milliards d’aides stratégiques à l’innovation et à la modernisation ;
- De réduire immédiatement le déficit public d’environ un point de PIB ;
- De diminuer de 25 à 35 milliards d’euros le besoin annuel d’endettement ;
- D’augmenter la consommation et la dynamique économique ;
- De favoriser la productivité, la qualification et la montée en gamme ;
- De produire à long terme des effets correcteurs supplémentaires sur le déficit et la dette.
Il ne s’agit pas de faire payer davantage les entreprises, mais de cesser de faire payer l’État à leur place, puis d’utiliser la structure des cotisations pour rendre les bons salaires moins coûteux que les mauvais. La France consacre aujourd’hui une puissance budgétaire considérable à maintenir une économie de bas salaires. Cette même puissance peut être utilisée pour organiser une économie de rémunérations élevées, sans augmenter le coût global du travail. La réforme repose sur une inversion simple, au lieu de subventionner les entreprises parce qu’elles paient peu, il faut réduire leurs charges parce qu’elles paient bien. Cette inversion permettrait de rendre aux salariés une part plus importante de la valeur qu’ils produisent, de renforcer les entreprises à forte valeur ajoutée, de réduire la dette publique et de restaurer la dynamique économique. Ce n’est pas une dépense sociale supplémentaire mais une réorganisation de plusieurs centaines de milliards d’euros déjà prélevés, distribués ou abandonnés chaque année. Et c’est précisément parce que l’argent existe déjà dans le système que cette transformation est possible.
